C2V4
« Coordonnateur Steamwoken »
Les origines :
C2V4 n’était pas un individu, mais un standard industriel, un coordonnateur issu d’un modèle de fabrication destiné à superviser les chaînes d’assemblage et à maintenir l’équilibre mécanique des grandes usines de Caldrion.
Son nom ne désignait ni une singularité ni une conscience reconnue, mais un schéma fonctionnel reproduit à l’identique, conçu pour imposer l’ordre et la continuité au cœur du système industriel de la cité.
Le jour du Grand Brasier, C2V4 venait de reprendre son cycle de travail dans une usine déjà fragilisée par les pratiques imposées aux automates. Historiquement, ces derniers étaient mis au repos complet durant la nuit, placés en phase de recharge prolongée indispensable à la stabilité de leurs systèmes. Ce temps d’arrêt n’était pas un luxe, mais une nécessité mécanique.
Or, avant la catastrophe, les automates travaillaient jour et nuit, soumis à des cadences accrues et à des temps de recharge raccourcis.
Les capsules de vapeur permettaient de prolonger l’activité en continu, accumulant une énergie immédiate mais imparfaite, suffisante pour tenir, insuffisante pour durer, et chaque cycle répété affaiblissait un peu plus les régulateurs internes.
Lorsque l’incident éclata, les témoignages divergèrent. Certains affirmèrent que C2V4 était totalement hors service, figé au centre de la salle de contrôle, incapable de réagir à l’effondrement de l’usine.
D’autres soutinrent qu’il avait mobilisé les assembleurs encore actifs, transmis des ordres précis et ouvert des accès verrouillés afin de quitter les lieux avant la destruction totale.
On raconte même qu’il aurait détourné des lignes de pression pour dégager un passage, non pour sauver la production, mais pour sauver ceux qui n’étaient censés être que des outils.
À l’issue du Grand Brasier, aucune trace de C2V4 ni des assembleurs placés sous son autorité ne fut retrouvée, comme si l’usine avait effacé leur passage.
Depuis, C2V4 a été aperçu dans les quartiers abandonnés, puis plus régulièrement dans les quartiers des Manufactures, des forges et des faubourgs.
Il y cherche des pièces, des conduites intactes, des valves, mais surtout des capsules de vapeur, devenues une monnaie de survie autant qu’un levier de pouvoir.
Les capsules assurent l’autonomie immédiate des Steamwokens, leur permettant de fonctionner durant deux cycles, de marcher, de penser, d’agir, voire de combattre, mais elles ne remplacent pas une recharge complète, longue et stable, celle qui exige l’immobilité et le temps.
C’est pour cela que ces quartiers ont été choisis, là subsistent encore les bornes, nombreuses, parfois cachées, parfois défendues, dernières veines actives d’un réseau industriel que le reste de la cité ne parvient plus à entretenir.
Officiellement, C2V4 demeure classé comme perdu. Pourtant, son nom circule encore dans Caldrion, porté par ceux qui constatent l’activité silencieuse des Steamwokens et la raréfaction des capsules de vapeur.
Pour certains, il ne fait que préserver sa fonction première. Pour d’autres, il est devenu l’architecte discret d’un nouvel équilibre, fondé non plus sur la cadence imposée, mais sur le contrôle du repos, de l’énergie et du temps.