Équinoxe
« De chair, de métal et de vapeur. »
Les origines :
Avant le Grand Brasier, lorsque Caldrion brillait encore de toute sa splendeur et que les immenses chaudières de la cité faisaient battre ses entrailles comme le cœur d’une gigantesque machine de vapeur, elle n’était connue que comme une jeune Architecte issue de l’une des plus anciennes lignées fondatrices de l’île.
Son nom figurait depuis des générations dans les registres du Haut Conseil, mêlé à celui des premiers bâtisseurs ayant participé à l’élévation de la cité, et beaucoup voyaient déjà en elle une future figure d’influence capable de poursuivre l’héritage politique et technologique de sa famille.
Ambitieuse, brillante et profondément déterminée à s’imposer parmi les grandes figures de Caldrion, elle consacra très tôt son existence au développement des automates, domaine dans lequel ses recherches attiraient déjà l’attention de nombreux Architectes.
Les laboratoires et les archives techniques de la Grande Bibliothèque devinrent rapidement son véritable territoire, car c’est dans ces galeries encombrées de schémas mécaniques et de plans oubliés qu’étaient conservées certaines des connaissances les plus anciennes de la cité.
Au cours de ses travaux, elle découvrit pourtant plusieurs incohérences qui éveillèrent peu à peu sa méfiance.
Certains registres semblaient volontairement incomplets, des rapports disparaissaient brutalement des catalogues officiels et plusieurs références revenaient régulièrement dans les documents les plus anciens avant d’être systématiquement effacées des archives récentes.
Plus troublant encore, certains de ces fragments mentionnaient directement le nom de sa propre famille.
Cette découverte devint rapidement une obsession silencieuse.
Durant des mois, elle parcourut les niveaux oubliés de la Grande Bibliothèque afin de recouper des fragments d’archives et d’anciens schémas qui semblaient tous converger vers une même vérité, lors de la fondation de Caldrion, certaines expériences avaient été menées dans le plus grand secret avant d’être effacées de toutes les archives connues de la cité.
Puis vint le Grand Brasier.
En l’espace de quelques heures seulement, Caldrion sombra dans le chaos.
Les chaudières explosèrent, les rues furent éventrées par des torrents de vapeur brûlante et les flammes commencèrent à dévorer les quartiers centraux tandis que les sirènes d’évacuation résonnaient jusque dans les ports inférieurs.
Les habitants fuyaient dans un désordre total, les gardiens abandonnaient les archives et les érudits tentaient désespérément de sauver ce qui pouvait encore l’être.
Mais au lieu de fuir comme tous les autres, la jeune Architecte prit la direction opposée.
Alors que la Grande Bibliothèque commençait déjà à s’embraser, elle traversa les galeries noyées de fumée avec une seule idée en tête, atteindre son office avant que quelqu’un d’autre ne mette la main sur les documents qu’elle y avait dissimulés au cours de ses recherches.
Depuis plusieurs semaines déjà, elle avait compris qu’elle n’était pas la seule à chercher ces informations et que certains secrets attisaient déjà les convoitises dans l’ombre de Caldrion.
Les derniers témoins affirmèrent plus tard l’avoir vue disparaître dans les niveaux inférieurs de la Bibliothèque, une lourde sacoche métallique serrée contre elle, tandis que les fondations du bâtiment commençaient déjà à céder sous la violence des explosions.
Quelques instants plus tard, les profondeurs de la Grande Bibliothèque s’effondrèrent dans un vacarme si terrible qu’on l’entendit jusque dans les quartiers marchands de Caldrion.
Après cela, elle disparut.
Son nom rejoignit rapidement celui des milliers de victimes du Grand Brasier et, avec le temps, beaucoup oublièrent jusqu’à son existence.
Pourtant, plusieurs semaines plus tard, elle ouvrit de nouveau les yeux dans l’obscurité d’une ancienne section oubliée de la Grande Bibliothèque, entourée d’antiques machines encore alimentées par une vapeur vacillante.
Lorsqu’elle parvint finalement à se relever, elle découvrit avec horreur qu’une partie entière de son organisme avait été transformée et que le côté gauche de son corps n’était désormais plus tout à fait humain.
Quelqu’un l’avait sauvée. Ou peut-être reconstruite.
Elle ignorait pourquoi, par qui et dans quel but, mais une certitude s’imposa rapidement à son esprit, ce qui se cachait sous la Grande Bibliothèque dépassait de loin tout ce qu’elle avait imaginé au cours de ses recherches.
Durant les mois qui suivirent, elle erra dans les ruines de Caldrion comme un fantôme revenu d’entre les morts. C’est à cette époque qu’elle remarqua quelque chose d’étrange, les Steamwokens ne semblaient pas la considérer comme une ennemie et plusieurs automates éveillés interrompaient même leurs mouvements lorsqu’elle approchait, comme si une part d’eux reconnaissait instinctivement ce qu’elle était devenue.
Peu à peu, elle entra en contact avec plusieurs groupes de Steamwokens errant dans les profondeurs de la cité et reprit également contact avec certains Luminarchs qu’elle avait connus avant le Brasier.
Pourtant, malgré les propositions qui lui furent faites, elle refusa toujours de rejoindre leurs idéaux de reconstruction, car depuis son réveil une seule obsession continuait de hanter son esprit : comprendre ce qui lui était arrivé et découvrir quels secrets reposaient encore sous les ruines de Caldrion.
Avec le temps, les survivants des quartiers effondrés finirent par lui donner un nouveau nom : Équinoxe, un nom né des murmures des décombres en raison de cette frontière étrange qu’elle incarnait désormais entre l’humain et la machine.
Aujourd’hui encore, un an après le Grand Brasier, Équinoxe continue de parcourir les profondeurs interdites de la Grande Bibliothèque aux côtés de petits groupes de Steamwokens et de rares Luminarchs restés fidèles à celle qu’elle était autrefois.
Son existence n’a cependant pas échappé aux regards de l’Iron Dominion, car dans les forges et les bastions militaires de la faction, beaucoup voient désormais en elle une énigme vivante et la preuve qu’un savoir oublié de Caldrion a survécu à l’incendie.
Car sous les décombres de la cité, quelque chose semble encore veiller dans l’obscurité, et plus Équinoxe approche de la vérité, plus elle comprend que ce qui lui est arrivé cette nuit-là n’avait rien d’un accident.